Au Temps d'Henri IV
A la fin du 16ème siècle, des ingénieurs hollandais furent chargés des travaux d’assèchement du Marais Poitevin. Ils amenèrent sur place leurs chevaux frisons et brabançons qui s’accouplèrent avec les juments locales.
De ces croisements naquit la souche du cheval Poitevin. A cette époque, la notion de race n’était pas prépondérante comme aujourd’hui : c’était le type et la morphologie du cheval qui déterminaient son utilisation.
Plusieurs types de Poitevins
Ainsi, dans cette région très particulière du Marais Poitevin, on a longtemps produit plusieurs types de chevaux à partir d’un même « fonds commun » :
- des chevaux de trait forts qui allaient travailler dans les plaines de la Beauce et en Normandie
- des chevaux de trait plus petits qui étaient recherchés en Auvergne
- des chevaux d’attelage : dans la première moitié du 19ème siècle, les chevaux de poste et de diligence du quart sud-ouest de la France étaient des Poitevins. Les plus beaux de ces modèles étaient attelés aux carrosses des gens fortunés
- des mulassiers, c’est-à-dire des chevaux dont le modèle se prête à la production de mules. Rappelons que pour produire une mule, il faut un âne (ici le Baudet du Poitou) et une jument. La mule, animal hybride, est stérile.
L’industrie mulassière
A partir du milieu du 19ème siècle, l’essor de l’industrie et des transports ainsi que la modernisation de l’agriculture amènent de nouveaux besoins. Pendant un siècle, la mule poitevine, reconnue pour ses grandes qualités, va vivre son âge d’or. La demande en mules est tellement forte qu’elle monopolise les juments Poitevines qui deviennent exclusivement « mulassières ».
L’évolution se produit même dans le langage puisque le cheval qui était désigné par le mot « Poitevin » est peu à peu nommé « mulassier ».
Au début du 20ème siècle, ce sont près de 20 000 mules poitevines qui sont produites chaque année.
Cette réorientation de la race vers « l’industrie mulassière » ne sera pas sans conséquences : pendant 150 ans, la sélection ne se fera plus sur les capacités du cheval à l’utilisation, mais sur un modèle de reproducteur….
Le déclin
Comme pour les autres races de chevaux de trait, la motorisation des travaux agricoles a signé le déclin de la mule et du Trait poitevin à partir de 1950.
La production de viande de boucherie a constitué une solution de survie pour des races comme le percheron, le comtois, le breton ou l’ardennais.
Par contre, le Poitevin, avec sa forte charpente osseuse, n’a jamais eu un « rendement » intéressant en viande. Conséquence dramatique : il a failli disparaître. En 1970, on n’en comptait plus que quelques dizaines.
Le renouveau
La passion des éleveurs, rejointe par un regain d’intérêt pour les races de Trait et l’attelage, a permis d’infléchir la courbe descendante, mais la menace n’est pas encore complètement écartée : il n’y a que 80 naissances chaque année.
Ces dernières années, l’élevage s’est structuré avec le regroupement des éleveurs de Baudets du Poitou et de Traits Poitevins dans l’UPRa des races mulassières et l’adoption d’un plan d’accouplement pour s’éloigner des risques de consanguinité. En 2007, le plan Gènes-Avenir se met en place pour inciter à l’amélioration de la production en race pure.
Depuis Février 2005 existe l’Association du Cheval Poitevin, seule structure spécifique entièrement consacrée au Poitevin, dont la vocation est de regrouper toutes les personnes concernées par cet animal et tout particulièrement celles qui ne sont pas organisées dans l’Upra : utilisateurs (selle, attelage, travaux agricoles, débardage, chevaux territoriaux), amateurs, passionnés de la race.
Les conditions se réunissent pour que le Poitevin trouve la place qu’il mérite en ce début de 21ème siècle.